Austérité: l’État se désengage totalement du financement des conservatoires de musique et de danse

Alors que l'on prétend que la politique menée ne serait pas une politique d'austérité, les mécaniques en œuvre prouvent le contraire tous les jours, que ce soit à l'École, dans les hôpitaux, mais aussi dans des secteurs où on ne l'attend pas: fin 2014, la majorité gouvernementale a décidé de supprimer les subventions de l'État aux conservatoires de musique et de danse ! Les 6 conservatoires départementaux et régionaux de Haute-Normandie, dont celui de Dieppe, sont frappé de plein fouet par la suppression des subventions de l'État, et leur survie est en jeu. Derrière les chiffres il y a les élèves (à Dieppe c'est 5500 élèves) mais aussi des emplois, des êtres humains et des vies. Au moment où l'avenir des deux orchestres de Radio-France — et de leurs emplois de musiciens — sont au coeur de la grève, cette nouvelle fait froid dans le dos.

En 2014 le ministère de la Culture avait déjà diminué ses crédits de 35% (en moyenne), et après avoir mis fin à son aide aux écoles de musique associatives en 2010. En fin 2014, la majorité gouvernementale a voté la suppression complète de sa participation aux conservatoires départementaux et régionaux pour 2015.

Il convient de rappeler que la loi de 2004 relative aux responsabilités locales prévoyait un transfert des crédits des enseignements spécialisés aux collectivités, ce qui n’avait jamais été mis en œuvre. La responsabilité incombe désormais aux collectivités qui se retrouvent seules et sans le moindre transfert pour porter le réseau national d’enseignement spécialisé.

Il est peu compréhensible que l’intervention de l’État disparaisse dans de telles conditions, même si elle ne représentait qu’une très petite partie d’un financement aujourd'hui porté essentiellement par les collectivités territoriales.

Il faut sans doute rapprocher cette décision de la critique portée par certains élus à courte vue — toutes tendances politiques confondues — à l’égard de cet enseignement jugé par eux trop « élitiste » comparé à l’éducation artistique et culturelle prévue dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Mais celle-ci se limite à une rencontre fugitive avec la musique, contrairement à la durée inscrite dans les écoles de musique.

Certes les conservatoires sont des passages essentiels pour les futurs professionnels, mais ils sont aussi, aux côtés des écoles de musiques associatives, le creuset des pratiques amateurs, essentielles pour un très grand nombre de pratiquants d’origine sociales très diverses.

Faire que les citoyens ne soient pas uniquement des consommateurs de musique et d'art — au service des profits des grands groupes de diffusion musicale, et de l'augmentation des dividendes de leurs actionnaires —, et former des pratiquants, même modestes, et des mélomanes avertis, capable de faire la part des choses entre la "soupe" dont on inonde les ondes, et la création musicale, c'est utile à la construction d'une société du vivre ensemble solidaire.

Alors que la Suisse a inscrit la formation musicale dans la Constitution, que les pays asiatiques, à commencer par la Chine, inscrivent leurs enfants dès le plus jeune âge à des cours de pratique musicale car il est prouvé que cela leur donne plus de chances dans la vie, qu’en Amérique latine, près d’un million d’enfants participent à des programmes d’inclusion sociale fondés sur son apprentissage, nous ne comprenons pas au nom de quelle idéologie le gouvernement français abandonne ses missions vis à vis d’établissements d’enseignement spécialisé dont l’une des fonctions est justement d’assurer sur tout le territoire l’équité d’accès à une formation musicale de qualité.

Ce choix politique inquiétant, s'il était confirmé, conduira au contraire à renforcer le prétendu élitisme d’une éducation musicale qui n’a pourtant cessé de se démocratiser. Car à l'évidence cela risque de se traduire par des réductions de personnel, parce que la masse salariale représente environ 90 % des budgets des conservatoires, et des augmentations des tarifs d'inscriptions, avec comme conséquence de limiter l’accès des enfants des familles les moins favoriser, et de réserver ces établissements aux seules familles socialement et culturellement aisées.

Retour à l'accueil