Peut-on faire confiance à une direction d’entreprise ? Telle reste la question !

Le patronat feint de se plaindre que la CGT ne signerait pas assez d’accord.

Et cela est largement relayé par les médias pour dénoncer la "rigidité" de la CGT, et faire de la publicité pour d'autres organisations syndicales qui seraient "plus souples" et "plus réalistes".

Mais lorsqu’elle signe des accords, la CGT est bien obligée de constater que le patronat ne les respecte pas !

Alors, à quoi bon signer ?

> L’exemple d’Orange :

il y a 2 ans et demi, la CGT a signé chez Orange un "accord intergénérationnel" permettant d'aménagemer des fins de carrières pour les séniors avec des temps partiels  en contrepartie d’embauche de jeunes — Séniors à qui, rappelons-le, l'équipe Sarkozy-Fillon a volé deux ans de vie en reculant l’âge de la retraite à 62 ans, avec la bénédiction de ces syndicats "plus souples et plus réalistes".

A 6 mois de la fin de cet accord, le bilan fait apparaitre que la direction d’Orange ne respecte des engagements pour l’embauche des jeunes et des ex-alternants.

Pourtant l’accord prévoyait :

  • > l'embauche de 5000 jeunes alternants par an , + 1000 pour le plan Très Haut Débit (THD), soit 6000 alternants, un "alternant" est un mot "novlangue désignant un apprentis, essentiellement pour des formations de BTS de deux ans.
  • > Le recrutement de 1500 alternants en CDI sur 3 ans, au bout de leur formation (donc en général Bac+2)
  • > Pour le plan Très Haut Débit, le recrutement en CDI de 400 apprentis diplômés, pour 2015, et 400 recrutements supplémentaires pour 2016!

Constat au 1er trimestre 2015: si 6000 alternants sont bien présents dans l’entreprise mais la CGT ne comptabilise que 642 recrutés sur les 1900 prévus !

La direction d’Orange reconnait ce retard et invoque comme excuse « ne pas avoir les profils en adéquation avec les postes qu’elle recherche ». A l'évidence elle en est la 1ère responsable, car les alternants formés en centre d’appel ou les boutiques ont vocation à y être embauchés. Il ne seront évidemment pas en capacité de postuler pour un métier technique en Unité d’intervention !

Mais la direction persiste à embaucher des apprentis là où elle sait qu'elle ne les embauchera pas à la fin de leur formation ! A l'évidence les jeunes alternants sont utilisé comme variable d’ajustement à "pas cher" (car ce sont des emplois subventionnés).

Pourtant qu’ils soient en boutique, ou en centre d’appel, dans le marketing, dans le réseau, en centre support client, la direction apprécie cette main d’œuvre sous payée, qui travaille dur pour décrocher le boulot qu'on lui promet alors qu'on lui ment sur l’avenir ! Ces alternants palient au manque de personnel sans réelles opportunités d’embauche le diplôme obtenu. Il seront remplacés par d'autres alternants qui feront la même chose, et ainsi de suite.

C'est la perversion de l'apprentissage, au service de la cupidité patronale et actionnariale.

C’est inacceptable ! D’autant que leurs collègues de travail apprécient le travail de ces jeunes, qui est un travial de qualité. Ils sont appréciés par les salairés, mais pas pour les mêmes raisons que la direction

Pour la CGT, la direction d’Orange doit respecter les accords, et recruter en CDI les 400 alternants, embauches qu'elle s'est engagée à faire par signature ! Et cela sans attendre ! Sinon elle démontrerait que l'on ne peut pas faire confiance à une signature patronale !

Plus largement cette affaire illustre la véritable arnaque que constitue l'apprentissage.

L'apprentissage à encore "bonne presse", parmi les familles inquiètes pour l'avenir de leurs enfants. On pense souvent que passer par l'apprentissage permet plus facilement d'accéder plus rapidement à un emploi, en pensant surtout "métier".

Mais l'apprentissage est une aubaine pour les patrons qui ont à leur disposition une main d'oeuvre pas chère — car subventionnée —, sans obligation d'embauche le diplôme obtenu. D'ailleurs les publicités en direction des patrons, ne manque pas d'attirer l'attention sur cet aspect des chose: "ça ne coûte rien"; sous-entendu "tout en produisant autant de richesses". En France, à la différence de l'Allemagne, il n'y a aucune obligation d'embauche des apprentis qui obtiennent leur diplôme. On peut indéfiniment bénéficier de cette main d'oeuvre corvéable à merci, sans passer par la case embauche. L'apprentissage, c'est "tout bénéf" !

D'autre part, les idéologues libéraux ne cessent de marteler l'idée que les "métiers", "c'est fini", qu'il ne faudrait plus espérer faire toute une carrière dans un métier, et que les métiers auraient été remplacés par des "jobs", d'autant qu'internet, les Smartphones, et autres outils intelligents et communiquants remplaceraient les professionnels.

Les grosses sociétés ont compris l'aubaine.

Elles militent — pour une raison financière — pour que l'apprentissage soit plus largement étendu aux formations Post-Bac (2 ou 3 ans), et aux formation d'ingénieurs et de cadres (5 ans)... mais se préoccuper de l'embauche en fin de parcours.

L'État, de son côté, veut faire des économies budgétaires sur l'Éducation Nationale. Alors qu'il faudrait multiplier les IUT et les BTS, le biais de l'apprentissage est une aubaine  pour ne pas faire les investissements nécessaires.

Et au bout du cursus, ce n'est pas l'embauche espérée, car initialement promise !

A l'évidence, l'apprentissage risque de devenir rapidement le prochain scandale du 21e siècle.  

 

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