La concurrence nuit à la collectivité et à l’environnement

Développer les transports collectifs devient une évidence au regard de l’explosion des déplacements quotidiens.

Le transport routier constitue le premier secteur d’activité en matière de dégagement de GES (Gaz à Effet de Serre), et le plus gros consommateur d’hydrocarbures.

Par Gilbert Garrel, secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots, dans l'Humanité du 12 novembre dernier

"Au regard des ambitions affichées concernant le réchauffement climatique et la réduction de la consommation des énergies carbonées, s’engager à développer des transports collectifs et propres doit être une priorité. Pourtant, la loi sur la transition énergétique a totalement ignoré la question des transports, malgré l’intervention forte de la CGT avec certains élus et des ONG lors des débats sur ce texte.

Le principal frein au développement des transports collectifs propres est le même que celui avancé pour le fret ferroviaire : le coût. Il faut donc commencer par établir la vérité des prix. Si l’on intègre, comme on le devrait, l’ensemble des coûts externes, le transport par rail est quatre fois moins cher que par la route, pour les marchandises, et six fois moins cher pour les voyageurs. On entend par coût externe la pollution de l’air et les problèmes de santé induits (46 000 décès prématurés/an dus aux particules fines et à l’oxyde d’azote), le réchauffement climatique (la facture mondiale sera de 500 milliards d’euros par an d’ici à 2050), la saturation du réseau routier (1 milliard d’euros par an pour la seule région parisienne), l’accidentologie routière. L’ensemble de ces coûts est pris en charge par la collectivité. S’il y avait une réelle volonté politique de prendre ce sujet à bras-le-corps, les moyens qui manquent aujourd’hui au développement des transports propres et collectifs seraient trouvés. Dans le cadre de la loi portant la réforme du système ferroviaire, la CGT et les groupes de la gauche progressiste dans les deux assemblées ont amené des propositions concrètes. Mettre en place une écotaxe pour les poids lourds ; taxer à une autre hauteur les multinationales qui ont fait main basse sur les autoroutes au regard des profits colossaux qu’elles réalisent, voire renationaliser ce réseau ; faire en sorte que les régions aient accès au versement transports, créer une épargne populaire pour les infrastructures ferroviaires et fluviales, et un pôle financier public. Mais il faut croire que certains lobbies ont davantage pesé sur les choix gouvernementaux que l’avenir de la planète. À cette époque, la CGT avait demandé au gouvernement d’engager une réflexion plus large sur la politique des transports, au lieu de réformer isolément le ferroviaire. Pour être réellement pertinent, il est nécessaire de travailler sur la complémentarité des modes pour transporter les biens et les personnes, en favorisant partout où c’est possible les moyens les moins polluants. La CGT avait proposé de créer pour cela un pôle public des transports publics. Dans ce domaine comme ailleurs, le dogme de la concurrence et de la libéralisation a prédominé sur la coopération et l’intérêt général. La loi Macron illustre mes propos par la libéralisation des bus nationaux. Le rapport Duron sur l’avenir des trains classiques nationaux est établi sur les mêmes orientations.

Nous pouvons affirmer que l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire est néfaste, n’en déplaise aux libéraux. Pour le fret, le nombre de tonnes de marchandises transportées par rail a été réduit des deux tiers en dix ans, alors que nous sommes passés d’une seule entreprise publique à plus de trente sociétés privées. Preuve est faite que la concurrence nuit à la collectivité et aux salariés.

S’il y a volonté de faire du transport propre et collectif une cause nationale, s’il y a ambition de placer les citoyens à égalité face aux déplacements, quelle que soit leur situation – sociale et géographique –, alors les moyens financiers et les infrastructures seront mis en place pour répondre aux besoins. Cela s’appelle un service public national. Relever ce défi sociétal devrait être la mission donnée à la SNCF.

L'Humanité, 12 novembre 2015

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