Dieppe n'est pas dans le palmarès des villes dégradées

Dieppe n'est pas dans le palmarès des villes dégradées

Dieppe, une fois n’est pas coutume, n’apparait pas dans le palmarès, paru dans le journal le Monde du 11 janvier dernier, des centres-villes en voie à la désertification, qui a donné lieu à un terrible et édifiant reportage sur la ville de Nevers sur France 2. Explications :

Dans une quantité d’autres villes moyennes de la taille de Dieppe, les chiffres sont implacables. « La vacance commerciale – la proportion de magasins vides – progresse d’année en année depuis quinze ans. En 2014, le taux atteint en moyenne 8,5 % pour les 300 plus grandes villes de France», d’après le directeur de Procos, une fédération patronale qui rassemble 260 enseignes du commerce spécialisé.

Selon l’étude Le taux moyen de vacance commerciale atteint 10,2 % dans les villes de 50 000 à 100 000 habitants. Béziers dans l’Hérault (24 %), Vierzon dans le Cher (23,4 %) et Calais (20,7 %) occupent les trois premières places de ce sinistre podium.

En outre, d’après cette étude, les habitants qui continuent de vivre en ville sont plus pauvres que ceux qui ont élu domicile dans les communes environnantes. Dans un « portrait social » publié en novembre 2014, l’Insee mettait en évidence ce décalage. Une carte de France dessinée par les services de la statistique présente, commune par commune, les revenus fiscaux des ménages. Les villes moyennes y apparaissent dans une couleur plus claire que leur périphérie immédiate, signe d’un revenu moyen moins élevé. Le phénomène est nettement observable à Saint-Quentin (Aisne), Lons-le-Saunier ou encore Châteauroux. Les salariés en CDI, et les cadres quittent les cœurs historiques, qui ne sont plus assez attractif à leurs yeux, pour habiter des maisons situées à guère plus que 2 kilomètres.

Dieppe subit de la même manière les pressions qui s’exercent sur les autres villes moyennes — on sait le niveau de pauvreté de ses habitants —, mais elle n’est même pas dans les 75 premières villes sur 300 ; elle n’est même pas dans la carte publiée dans le journal Le Monde. Dire que la situation du centre-ville de Dieppe est idyllique serait exagéré, mais le fait est qu’il est toujours animé. La Grand-rue a toujours des commerces, de même la rue de la Barre, et la rue Saint-Jacques.

Qu’est-ce qui fait que les centres-villes se dévitalisent ? L’étude pointe au moins 3 raisons :

  • La baisse de la population, dont l’origine est en partie du au fait qu’au dessus des magasins de Centre-ville les logements sont souvent vides car inaccessibles, ce qui fait qu’il a moins de population sédentaire à consommer sur place. Dans de nombreuses villes cela touche jusqu’au commerce de bouche (même les boulangeries !).
  • L’existence d’un stationnement payant, souvent très cher, qui crée une situation de déséquilibre concurrence en faveur les grandes surfaces installées en périphérie des villes, qui disposent de vastes aires gratuites, au détriment des commerces de Centre-ville.
  • Des revenus moyens en baisse, dont l’origine est souvent le départ des administrations (Banque de France, services des impôts, fermeture de maternités voire d’hôpitaux, le centre des impôts, mais aussi EDF, France Telecom Orange, La Poste, etc.)

Sur ces trois points, la ville de Dieppe a conservé deux atouts :

  • Premier atout : des politiques publiques de lutte pour le maintien de la population en centre ville, ce que n'ont fait aucune des 75 villes pointées du doigt.
  • Le maintien de zones de stationnement gratuites à proximité du centre-ville.

S'ajoute à cela que Dieppe a une attractivité touristique non négligeable, qui génère des apports de clientèle non négligeable. Et sur ce point, l'existence de la Ligne Dieppe-Newhaven est fondamentale.

Concernant le logement en centre-ville, il est à noter que depuis le début des années 1970, la Ville a travaillé à la rénovation de son centre historique : reconstruction de l’Ilot Saint-Jacques en HLM (1974-1976), rénovation de l’ilot Sainte-Catherine en HLM (1980-82), rénovations en HLM d’un ilot du bout du quai (1988), et surtout plusieurs plans successifs de rénovation du centre-ville dans le cadre de l’OPAH (depuis 1997) qui a permis de réhabiliter 1000 logements dont l'immense majorité était soit inaccessible, soit tellement dégradée qu’on ne pouvait même plus les considérer comme des logements. Cette politique est d'ailleurs tellement atypique et tellement contraire à celles qui ont été mises en œuvre dans les 75 villes pointées du doigt, que plusieurs écoles d'architectures prestigieuses mettent dans leur programme l'experience dieppoise en matière de rénovation, et que des responsables de la rénovation de la célèbre ville chinoise touristique de Tongli se sont intéressés à Dieppe.

Ensuite, si — contre l’avis de la CGT à l’époque — la Ville a cédé à la mode comme dans toutes les 75 villes pointées du doigt, en instaurant le stationnement payant, celui-ci reste encore limité au centre ancien. Il faut se féliciter que les municipalités successives aient toujours résisté aux pressions de leurs gestionnaires privés, qui n’ont comme objectif, comme chacun sait, que  que de "faire de l’argent", pour satisfaire les appétits de leurs actionnaires: la plage, l’ile du Pollet, le parking de DSN, et la zone autour de la gare SNCF sont restés gratuits, ce qui permet réduire la concurrence des grandes surfaces. La CGT restera attentive pour que ces zones restent gratuites.

Rehausser d'urgence le pouvoir d'achat

Mine de rien, cette étude pose la question du pouvoir d'achat, puisqu'elle révèle la paupérisation des centres-villes des villes moyennes !

Le pouvoir d'achat est globalement et massivement en baisse, et cela a des effets accélérateurs sur la désertification des centres-villes. Il a des effets parce que cette question du pouvoir d'achat ne se pose pas seulement en terme individuel, mais en terme de masse. Or les politiques d'austérité ne cessent de réduire cette mase salariale, et donc la dépense commercialisable, ce qui accroit le déséquilibre entre le petit commerce et les grandes surfaces. 

Les politiques gouvernementales sont en cause, qui s'expriment par les gouvernements successifs de donner des coups de pouces au Smic, le blocage des salaires dans la fonction publique, la réduction du nombre de fonctionnaires, la fermetures de services publics dans les villes moyennes, etc. combinés à leur refus de contrôler l'utilisation de l'argent public par les entreprises (exmple: le puits sans fond du CICE, du pacte de responsabilité, etc.) tout cela a des effets dévastateurs sur la survie les centres-villes, ce qui fait que les villes française connaissent le décrochage que celui qu'ont connu les viles américaines depuis le début des années 1980.

Face à cela la CGT revendique de revaloriser tous les salaires et les pensions, sur la base du Smic à 1800€; Elle revendique le remplacement de tous les fonctiuonnaires partant en retraite; Elle revendique le maintien et le renforcement des Services publics; elle revendique le contrôle des fonds publics versés aux entreprises; etc. Voilà qui permettrait aux salariés de remettre les pieds dans les commerces des centres-villes.

La désertification des centres-villes fait le buzz, mais pas celui de Dieppe.
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