Allemagne : Les cheminots en grève

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Les mêmes causes provoquent les mêmes effets, en Allemagne comme en France. De l’autre côté du Rhin, le secteur du rail, comme celui de l’aérien est touché par des mouvements sociaux.

Après deux mouvements de grève de trois heures en septembre dans les chemins de fer allemands, une nouvelle grève avait eu lieu le 7 octobre. Cela continue: une nouvelle grève a paralysé le réseau le 15 octobre. Le mouvement social est lancé par le syndicat des conducteurs de locomotives (GDL). Les objectifs sont l’obtention d’une augmentation de salaires de 5 %, et une réduction du temps de travail de deux heures hebdomadaires.

Les conducteurs ne sont pas seuls dans le mouvement, auquel étaient appelés à participer les contrôleurs et les employés des services de restauration à bord.

 Deux trains de longue distance sur trois sont resté à l'arrêt, et le mouvement a également très suivi au niveau des trains régionaux. L'augmentation de 20 % des réservations des bus interurbains est une preuve indirecte du succès de la grève.

Cette grève se déroule en parallèle à celle des pilotes de ligne de la filiale low-cost de la Lufthansa, GermanWings, annoncée pour aujourd'hui. Elle devrait conduire à l'annulation d'au moins 1 avion sur 5, soit un centaine d'engins partant des aéroports allemands.

La direction de la DB prête à tout pour éliminer le syndicat GDL

De son coté, la direction de la Deutsche Bahn (SNCF allemande) cherche le pourrisssement, en participant à la désorganisation du trafic ferroviaire.  

Comme ce fut le cas dans le conflit de la SNCF en juin dernier, la direction de la Deutsche Bahn (DB) a redoublé d'agressivité contre les grévistes. Le directeur du personnel, Ulrich Weber, a ainsi déclaré publiquement à la chaîne ZDF « qu'il sympathisait avec les clients », et dénonçait « le toupet, le culot » des cheminots de la GDL. Elle a aussi participé à la désorganisation du réseau en n'informant pas correctement les usagers des annulations de train, des retards, pourtant prévisibles.

La direction cherche à profiter du conflit pour se débarrasser du gênant syndicat des conducteurs de train (GDL), afin de renforcerla sa collaboration avec le syndicat traditionnel EVG, affilié à la Confédération générale allemande — la DGB —, qui erst plus conciliant et plus prompt à la signature d'accords. En pleine négociation des conventions collectives, la direction des chemins de fer prétexte des mouvements de grève pour écarter la GDL, et faire de l'EVG son seul partenaire légitime.

Les revendications de la GDL sont considérées comme inacceptables par la direction : limiter la semaine de travail de 39 à 37 heures, et une augmentation de 5 % des salaires, non seulement pour les 20 000 conducteurs mais aussi pour les 17 000 personnels à bord.

Mais la GDL s'appuie sur le fait qu'elle est désormais le syndicat majoritaire dans l'ensemble des salairés de la Deutche Bahn avec ses 34 000 syndiqués.

En 2010, la direction des chemins de fer avait accepté de signer deux conventions collectives différentes : une plus favorable pour les conducteurs signée avec la GDL, l'autre défavorable pour les autres personnels avec l'EVG. Désormais elle souhaite ne signer qu'une seule convention collective applicable à tous les salariés de la DB, signée avec l'EVG, ce que le personnel dénonce.

2014-10-greve-DB.jpgParallèlement il s'agit aussi de défendre le droit de grève

Le gouvernement, poussé par le patronat, avance un projet de restriction du droit de grève, au nom de unicité de négociation syndicale, appelé « tariffeinheit.

Avec le « tariffeinheit », un seul syndicat parmi les syndicats représentatif, choisi comme interlocuteur par le patronat — pas forcément le premier syndicat — pourrait désormais mener les négociations dans une entreprise ou une branche.

Mais ce serait aussi, et surtout, le seul syndicat légitime à pouvoir rompre les accords ou les négociations, et à pouvoir déclencher la grève. Les autres syndicats de salariés — même le premier s'il n'est pas celui choisi par le patronat — seraient réduits à l'impuissance, donc à la disparition, car n'étant pas admis à la négociation, ou n'ayant pas signé l'accord en question, ils ne pourraient pas légalement appeler à la grève.

Le tariffeinheit a été déjà été instauré en 1950 dans l'Allemagne de l'Ouest pour façonner un panorama syndical docile, de co-gestion, derrière une DGB réformiste.

Cette offensive patronale, menée depuis 2010, trouve une suite dans le projet de loi de la ministre du travail social-démocrate (SPD), Andrea Nahles, qui prévoit d'ancrer ce principe de l' « unicité de négociation » limitant donc la capacité d'action syndicale, de négociation et de mobilisation des salariés.

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