C’est officiel : baisser le temps de travail réduit le chômage

Lu dans l'Humanité (17 décembre 2014)

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À partir de 2000 et de l’instauration des 35 heures, 2 millions d’emplois ont été créés en cinq ans et le chômage a diminué dans toutes les catégories. Photo : l'Humanité

Un rapport parlementaire, présenté hier à la presse, démontre que la réduction du temps de travail en 2000 a permis la création massive d’emplois, sans obérer la compétitivité. Un défi que le pacte de responsabilité, cher au gouvernement, est loin de relever.

Les Français qui ne travaillent pas; « Travailler plus pour gagner plus »; Extension du travail le dimanche; etc. La question du temps de travail alimente bien des fantasmes, quand elle ne sert pas à justifier tous les problèmes de l’économie française.

Avec l’épouvantail ultime : les 35 heures, la loi Aubry, qui en 2000 a instauré la réduction du temps de travail. Cible naturelle des frappes de la droite, elles sont aussi, depuis le virage hollandais, mises en cause par de hauts responsables socialistes. Manuel Valls, Emmanuel Macron, François Rebsamen, se prononçant tour à tour qui pour un « assouplissement », qui pour « faire sauter le verrou », qui pour « faire tomber 
le tabou »…

11,8 % de chômeurs en 1997;
 8,8 % en 2001

Le tabou, des parlementaires se sont ingéniés à le faire tomber. Une commission d’enquête, initiée par le député UDI Thierry Benoît mais instaurée par un vote unanime, s’est penchée sur ces fameuses dispositions, pour en donner enfin la vérité des prix. Après six mois de travaux, le constat établi par Barbara Romagnan, députée socialiste nommée rapporteure de cette commission d’enquête, est clair et net.

Elle le déroule en quelques chiffres :

  • > 2 millions d’emplois créés en cinq ans (« À comparer avec le siècle précédent, je dis bien le siècle, où on avait créé 3 millions d’emplois », insiste-t-elle) ;
  • > 350 000 créations « nettes » (en tenant compte des emplois disparus dans le même temps) ;
  • > baisse du taux de chômage avéré pour toutes les catégories.

« Selon l’OIT (Organisation internationale du travail – NDLR), on est passé de 11,8 % de chômeurs en 1997 à 8,8 % en 2001, alors même que la population active passait de 25,5 millions à 26 millions. On a donc non seulement intégré les nouveaux venus sur le marché du travail, mais aussi réintégré les gens qui avaient été écartés ou l’auraient sans doute été en raison de leur âge », estime Barbara Romagnan.

Moins de chômeurs, d’accord, c’est établi. Mais la productivité dans tout ça ?

Cela peut sembler paradoxal, mais c’est au moment de la mise en place des 35 heures que la France bat des records d’heures travaillées. On y travaille moins longtemps, certes, mais on est plus nombreux à travailler.

« Ça s’est fait sans dommage pour la compétitivité française, explique la députée du Doubs. Nous sommes tous d’accord pour relativiser le poids du coût du travail dans la compétitivité. » Mais c’est tout de même là que le tableau est un peu moins réjouissant : « Le coût du travail a été largement modéré par des allégements de cotisations et un gel des salaires qui a été en moyenne de dix-huit mois », concède la rapporteure tout en appelant à « relativiser » le poids des baisses de cotisations sociales dans le succès des 35 heures. « Les gouvernements précédents et les suivants en faisaient, et pourtant on n’avait pas autant de création d’emplois. Le gouvernement actuel a baissé pour 41 milliards les cotisations des entreprises, ce n’est pas pour ça que l’on a autant de création d’emplois ».

Et c’est bien grâce aux créations d’emplois générées par les 35 heures que les caisses ne se sont pas vidées excessivement :

« Il y a les cotisations qui ne rentrent plus parce qu’on les a baissées. Mais il y a aussi les cotisations de ceux qui ont retrouvé un emploi, les chômeurs que l’on n’a plus besoin d’indemniser et la consommation des ménages qui se relance. Cela fait des rentrées. » Un emploi créé grâce aux 35 heures « coûte » environ 12 800 euros à l’État.

Un chiffre que Barbara Romagnan appelle à comparer, avec le pacte de responsabilité. « En échange de 41 milliards de baisse de cotisations, on n’a pas vu de création d’emplois, relève-t-elle. Même si on arrivait à 1 million (comme le fait miroiter le patronat – NDLR), cela signifierait que chaque emploi aurait coûté 41 000 euros. »

En 2003, 2004, puis en 2008 avec la loi Tepa, le contingent d’heures supplémentaires à la disposition des entreprises augmente fortement, annihilant l’effet de la réforme.

Mais la méthode pourrait-elle à nouveau fonctionner aujourd’hui ? Faut-il aller, comme certains le recommandent, vers les 32 heures ?

Certes, la croissance de 2000 n’est plus là, mais, note la députée, « si on n’utilise pas la loi et la négociation pour répartir autrement le travail, il va évidemment continuer à se réduire ».

À bon entendeur.

Une souplesse déjà bien généreuse. « Je ne vois pas très bien ce que l’on pourrait faire pour assouplir encore les 35 heures », estime Barbara Romagnan. Les entreprises ont notamment obtenu la possibilité d’annualiser le temps de travail pour que leurs salariés travaillent plus sur une période intense, sans recourir aux heures supplémentaires, mais à condition qu’ils travaillent moins sur une autre période.

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