Centrales nucléaires : des salariés inquiets d'une hausse des cadences

Il y a ceux qui agitent la menace du nucléaire, parce que c'est le nucléaire (mais qui n'ont rien dit à l'époque de la privatisation d'EDF, et de l'ouverture à la concurrence du secteur), et il y a ceux qui bossent tous les jours dans le nucléaire, et dont c'est la vie qui est en jeu.

 

Ceux qui bossent dans le nucléaire, et leurs syndicats CGT, après avoir dénoncé en son temps la privatisation et l'ouverture à la concurrence, ne cessent de dénoncer la véritable cause des risques: la course aux profits, et la cupidité des actionnaires.

 

En voici un expemple flagrant !

 

Au moment où se pose en grand la question de la sécurité du nucléaire, il est pour le moins scandaleux de vouloir déroger aux durées maximales du travail, dans des opérations, comme les arrêts de tranches, conçus pour assurer la pérénnité et la sécurité des centrales. Déroger aux limites maximales légales, c'est la certitude d'avoir des travailleurs fatigués, et donc moins attentifs à la qualité du produit fini. Dans le cas d'une centrale nucléaire, c'est criminel !

 

 Ci dessous l'article paru dans le Monde.fr, le 11 juin 2011

Centrales nucléaires : des salariés inquiets d'une hausse des cadences (LEMONDE.FR | 11.06.11 | 18h20)

 

 

 

Dans un bâtiment réacteur en maintenance de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, dans le Loiret.

Dans un bâtiment réacteur en maintenance de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, dans le Loiret.Le Monde.fr


 

Dans les centrales nucléaires, les arrêts de tranche sont essentiels à la sûreté des installations. En France, ils ont lieu au moins une fois par an pour les arrêts simples, tous les dix ans pour les visites décennales. Ces arrêts d'une durée de un à trois mois permettent d'effectuer des opérations de maintenance, de renouveler une partie du combustible présent dans les réacteurs et de contrôler l'ensemble des installations.

 

Une note interne d'EDF, révélée samedi 11 juin par Le Parisien - Aujourd'hui en France, préconise d'augmenter les cadences pendant les arrêts de tranche, afin d'en réduire la durée. Car un arrêt de tranche signifie un arrêt de la production d'électricité. Dans un courrier daté du 10 mai, signé par le directeur adjoint de la production nucléaire d'EDF, Philippe Druelle, il est demandé aux directeurs de centrale de "demander des dérogations aux durées maximales de travail auprès des inspecteurs du travail" ou de la Direction régionale du travail.

 

"Il a été convenu que les périodes d'arrêt de tranche sont des périodes de surcroît d'activité (...). Ce surcroît d'activité nous permet de justifier des demandes de dérogations aux durées maximales du travail (journalières et hebdomadaires)", relève ce courrier. Cette préconisation qu'EDF souhaiterait appliquer "d'ici l'été 2011" provoque l'inquiétude des salariés, qui estiment qu'elle pourrait nuire à la sûreté des installations. "EDF s'organise pour légaliser des dérives horaires inacceptables et dangereuses pour les salariés et donc la sûreté nucléaire", met en garde la CGT.


Pour EDF, "il s'agit d'un malentendu". Bernard Lassus, directeur des ressources humaines du groupe, interrogé par Le Parisien, assure que l'objectif d'EDF est de "clarifier l'organisation du travail", de façon à "permettre aux cadres de prendre leur repos journalier de 11 heures".

 

"LE RACCOURCISSEMENT DES DÉLAIS NE SE FAIT PAS SANS PRIX"

 

En avril, un mécanicien sous-traitant travaillant dans la centrale de Dampierre – qui avait souhaité garder l'anonymat – avait confié au Monde.fr son inquiétude face à l'accélération des rythmes de travail pendant les arrêts de tranche. "Il y a vingt ans, ces arrêts duraient trois mois. Aujourd'hui, ils durent trois semaines en moyenne. Et ce raccourcissement des délais ne se fait pas sans prix. EDF met la pression sur les sous-traitants. De plus en plus, nous travaillons les week-ends et enchaînons les semaines sans prendre de repos. Il arrive parfois que nous maquillions nos heures pour ne pas dépasser la limite légale des quarante-huit heures de travail hebdomadaire."

 

Le directeur de la centrale de Dampierre, Elian Bossard, avait alors justifié le raccourcissement des arrêts de tranche par une amélioration de l'expertise des équipes. "Forts de notre expérience, nous améliorons nos pratiques de gestion et nous impliquons nos prestataires dans la préparation des arrêts, expliquait-il. Il faut compter entre six et huit mois de travail en amont pour préparer toutes les interventions." Mais une vidéo du comité central d'entreprise d'EDF tournée en 2002 lors d'un forum sur les conditions de travail dans les centrales, et publiée par Mediapart, soulignait les risques des arrêts de tranche "optimisés" : "On multiplie le nombre de prestataires à l'intérieur du bâtiment réacteur et tout le monde se marche dessus", notait un délégué syndical CGT de la centrale de Cattenom, en Moselle.

 

Le Monde.fr

 

Ci-dessous la vidéo réalisée par le Comité central d'entreprise d'EDF en 2002: la situation s'est dégradée depuis cette époque

 

Car dès le début des années 2000, les salariés du nucléaire en Europe ont commencé à tirer l’alarme sur les graves dérives dont ils étaient témoins : sous la pression des intérêts financiers, le zéro risque, qui était la règle absolue dans toutes les centrales, a disparu au profit du « risque calculé ».

 

La recherche d’une plus grande rentabilité a supplanté l’expertise. Des milliers de sous-traitants, travailleurs anonymes taillables et corvéables à merci, ont remplacé les salariés à statut, jugés trop chers.

 

Aujourd’hui, la sous-traitance représente plus de 80% des effectifs dans les centrales nucléaires françaises. A plusieurs reprises, l’agence de sûreté nucléaire et l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ont dénoncé ce recours systématique à la sous-traitance, jugé comme un facteur de risque supplémentaire et mal appréhendé.


En 2002, le comité central d’entreprise d’EDF avait organisé plusieurs forums sur la réalité du travail dans les centrales nucléaires. Salariés, experts du monde du travail, sociologues s’étaient rencontrés pour parler de ce qu’ils vivaient, des nouvelles organisations du travail, des pressions accrues.

 

Leurs propos étaient restés lettre morte, pour l’essentiel. Aujourd’hui, ils ont encore toute leur pertinence.

 

Jamais rendu public, ce documentaire d’une heure, résumant les échanges d’alors, permet de mieux comprendre la réalité de ces travailleurs du nucléaire en France.


Première partie : Conditions de travail dans les centrales

 

Seconde partie : Conditions de travail et enjeux sociaux de la sous-traitance


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