CGT finances « Les États multiplient les vœux pieux »

Lu dans l’Humanité

Membre de la direction de la CGT finances, Michel Fontaine voit dans la défiscalisation des riches et des grandes entreprises une des sources qui alimentent les paradis fiscaux.

Les paradis fiscaux ont-ils disparu ?

Michel Fontaine. Déjà, si on parle des paradis fiscaux aujourd’hui, c’est grâce aux organisations de salariés au niveau international, mais aussi, il faut le dire, aux ONG : je pense à Transparence International, Oxfam, CCFD-Terre humaine, qui tentent d’analyser les circuits des paradis fiscaux… Pendant ce temps-là, les États font beaucoup d’annonces et multiplient les vœux pieux : on a vu les paradis fiscaux figurer sur des listes noire, grise ou blanche, mais cela ressemble à une galéjade… Aujourd’hui, les derniers rapports attestent que les paradis fiscaux prolifèrent, notamment en Europe, et les États défendent farouchement leur pré carré. C’est le cas de la Grande-Bretagne avec la City, ou de la France avec Monaco et Andorre…

Combien font perdre ces paradis fiscaux aux budgets des États ?

Michel Fontaine. Les chiffrages sont complexes parce que, par définition, on n’a pas accès aux sources. La Commission européenne évoque une estimation de l’ordre de 3 % du PIB au niveau européen, soit des centaines de milliards d’euros. Il ne s’agit là que de la fraude, mais il faut voir que la France est, d’une certaine manière, devenue un paradis fiscal…

Qu’entendez-vous par là ?

Michel Fontaine. Il y a une partie légale dans ces affaires : depuis des années, on a défiscalisé les grandes fortunes et les multinationales. Pour l’impôt sur le revenu, on parle de 37 milliards d’euros couverts par des niches fiscales. Et autant pour les entreprises ! Cela a dégagé des capitaux considérables qui se sont dirigés vers les paradis fiscaux afin d’occulter la source de revenus et l’identité des détenteurs réels des actifs. C’est une des raisons pour lesquelles nous défendons une refiscalisation des riches et des grandes entreprises.

Entretien réalisé par Thomas Lemahieu

 

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