CGT : « Manuel Valls a franchi la ligne rouge »

Oussedik-Mohamed

Interview de Mohamed Oussedik, secrétaire confédéral de la CGT, dans le magazine Politis.fr.

Mohamed Oussedik, secrétaire confédéral de la CGT, juge « extrêmement grave » l’entretien du Premier ministre au quotidien Les Echos. Son syndicat demande à François Hollande de désavouer le chef du gouvernement.

Mohamed Oussedik : Pour nous, cela été une réaction de colère parce qu’on ne s’attendait pas à ce que le gouvernement et son Premier ministre tranche en faveur du patronat avant la conférence sociale. C’est extrêmement grave. Manuel Valls reprend des revendications très fortes du patronat. Ce sont des sujets sur lesquels on comptait faire avancer les choses dans les semaines qui viennent en particulier en ce qui concerne la pénibilité.

Le compte personnel de pénibilité, c’est la CGT qui l’a mise sur la table des négociations.

Nous étions certes très insatisfaits du contenu du compte pénibilité, qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2015. Pourtant, même cette petite avancée, qui consistait à mettre en place des critères qui faisait en sorte qu’on ne reconnaissait plus la pénibilité en fonction de l’état de santé du salarié mais en fonction de son exposition, est mise en cause.

Le report de ce compte est une injonction du patronat.

Même chose pour les seuils sociaux.

Or, une étude de l’Insee montre clairement que ce n’est pas en modifiant les seuils sociaux, par exemple la mise en place d’un comité d’entreprise à partir de 50 salariés, qu’on va créer de l’emploi. Le gouvernement en fait désormais un sujet de négociation parce que cela permettrait de lever des obstacles à l’emploi. C’est la négation des droits des salariés à être représentés !

Manuel Valls met en cause le dialogue social avec un parti pris qui vise à sélectionner les interlocuteurs et à écarter l’ensemble des syndicats de sujets qui les concernent au premier chef.

C’est une mise sous condition de toutes les échéances, de la conférence sociale et des négociations interprofessionnelles qui auront lieu dans les prochains mois, notamment celle sur le dialogue social et sur un accord national interprofessionnel de cadrage sur les classifications.

On souhaitait aussi une quadripartite sur l’emploi des jeunes.

Tout cela est balayé par les annonces de Manuel Valls.

En menaçant de boycotter la conférence sociale, le patronat obtient finalement gain de cause. Que va faire la CGT ?

C’est la prime au chantage patronal. Le gouvernement a ouvert un brèche : à chaque fois que le patronat menace, le gouvernement plie. Nous examinons toutes les hypothèses possibles pour faire comprendre clairement au gouvernement qu’aucune organisation syndicale ne cautionne l’attitude de Manuel Valls. Nous pensons qu’il serait utile pour le syndicalisme de se concerter pour que les échéances qui viennent ne puissent pas être simplement une chambre d’enregistrement des revendications du patronat et que les syndicats servent de caution à leur application.

Nous avons écrit au président de la République (lire & télécharger la lettre) parce que nous pensons que Manuel Valls a choisi son interlocuteur qui est Pierre Gattaz.

Dans cette lettre, nous condamnons les mesures annoncées par le Premier ministre, le choix du patronat comme interlocuteur exclusif.

Nous lui demandons des clarifications parce que Manuel Valls engage la politique du président de la République, avec ses nombreuses sorties sur le dialogue social comme pilier de la démocratie.

Nous ne sommes pas dans ce cas de figure aujourd’hui. C’est préoccupant. Nous lui rappelons aussi que les salariés vivent une situation de l’emploi dramatique.

Nous devions participer à la conférence sociale avec des propositions.

Dans le cadre de la table ronde sur l’emploi et les salaires, nous soutenons l’idée d’une revalorisation du smic et l’ouverture d’un chantier sur les classifications, sur le rattrapage des inégalités entre les femmes et les hommes, etc.

Pour d’autres tables rondes, nous proposons la mise en place d’un comité national d’évaluation des aides publiques pour les entreprises, pour les conditionner à un certain nombre de négociations.

On ne vient pas les mains vides, mais cela nécessite que le président de la République prenne ses responsabilités, et signifie clairement à Manuel Valls et au patronat que la ligne rouge est franchie.

Nous allons aussi prendre contact avec l’ensemble des organisations syndicales parce que la situation est grave.

C’est l’ensemble du modèle social que l’on veut mettre en cause de manière autoritaire.

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