Cheminots: une combativité intacte

Lu sur le site de la NVO, le magazine de la CGT

Les cheminots ont bravé tous les oukases pour faire entendre leurs critiques du projet gouvernemental de réforme ferroviaire et leurs propositions alternatives. Ils n’ont 
pas l’intention de baisser la garde.

Dans une France qui vit sous la contrainte permanente de l’insécurité de l’emploi, des politiques d’austérité qui laminent le pouvoir d’achat, d’une pression idéologique de tous les instants pour inciter à la résignation, la mobilisation des cheminots a surpris. Il fallait en effet une sacrée dose de conscience et de lucidité pour résister à l’acharnement médiatique qui s’est déployé dès le premier jour de grève. Ainsi pour tenter de susciter la colère des usagers, les commentateurs ont feint dans un premier temps de ne pas comprendre les raisons de la grève. Comment la CGT pouvait-elle rejeter une réforme qui unifiait la SNCF, une réforme qu’elle appelait de ses vœux ? Pourtant le projet gouvernemental, qui proposait de passer de deux entités, la SNCF et RFF, à trois EPIC indépendants, pouvait laisser planer quelque doute sur l’objectif affiché.

Malgré une campagne inédite de dénigrement

La détermination et les explications des cheminots ont cependant permis de mettre en lumière les véritables intentions de la réforme envisagée. Deuxième tir de barrage au fil des jours de grève : les usagers pris en otages. Classique, direz-vous, mais encore efficace. Les sondages multipliés au pied des trains à l’arrêt auprès d’usagers privés de transport, assortis des unes de presse titrant sur la galère provoquée par la grève, poursuivaient le même objectif. Et, point sensible s’il en est, des jeunes lycéens « empêchés de passer les épreuves du bac ». Autre argument susceptible de décourager les grévistes eux-mêmes tout en suscitant la désapprobation de leurs collègues non grévistes : la minoration du nombre de salariés en grève. Une argutie qui n’est certes pas compatible avec la dénonciation de l’ampleur des conséquences de la grève mais qui veut donner des grévistes l’image d’une minorité isolée et jusqu’auboutiste. De là à les assimiler quasiment à des terroristes, des « talibans », c’est ce que n’a pas hésité à twitter le célèbre Éric Woerth. Les usagers otages, les grévistes talibans…

Diviser pour passer en force

Opposer les usagers aux cheminots ne suffisant visiblement pas à susciter la colère des uns et à décourager les autres, au troisième jour de grève un pacte était signé entre les syndicats minoritaires qui ne participaient pas au mouvement, la CFDT et l’UNSA, et le ministère des Transports, sous le parrainage de la direction de la SNCF. Un pacte dit de modernisation, cela va sans dire… Le pacte avec les uns, la guerre aux autres.

Tandis que défilaient sur les plateaux de télévision des experts auto-désignés hostiles au mouvement de grève, les dirigeants des syndicats en lutte, la CGT et SUD-Rail, étaient soigneusement écartés, malgré leurs demandes répétées de débats contradictoires. Le dialogue social étant remisé aux oubliettes, la démocratie elle-même aura été mise à mal quand Premier ministre et président de la République ont appelé à cesser la grève, participant ainsi à la mise à l’index des syndicalistes et des salariés investis dans l’action.

Que, dans de telles conditions, le mouvement se soit développé durant deux semaines indique clairement que les cheminots étaient conscients et inquiets de la gravité des conséquences du projet gouvernemental pour le service public et leurs conditions de travail. C’est tout à leur honneur car tout aura été fait pour « enfumer » ­– un terme que l’on retrouve souvent par les temps qui courent – les salariés de la SNCF comme les usagers.

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