CREDOC: Mise en évidence de la dégradation les conditions de vie de la population

(Etude du Credoc ; décembre 2011)

Le Crédoc a publié en décembre 2011, une étude intitulée "Les dommages collatéraux de la crise du logement" qui met en évidence la dégradation des conditions de vie de nos concitoyens.

2012 CREDOC-Classe sociale

Recul de l'idée d'appartenance aux couches les plus favorisées. En 2010, 68% de la population estime appartenir à la classe moyenne inférieure ou à la classe populaire défavorisée (+8% par rapport à 2000).

Extraits

Les dépenses de logement divergent fortement selon les catégories

Les locataires voient le poids de leur dépenses de logement s'accroître fortement

(…) Il y a trente ans, seuls 36% des Français considéraient comme très lourd le poids des dépenses de logement. Aujourd’hui, la proportion s’élève à 44%.

(…) Les locataires ressentent de plus en plus fortement le poids du logement dans leur budget : 55% se sentent contraints en 2010 (+ 9 points par rapport à 1980).

(…) Le revenu relatif des locataires a progressé moins vite que le revenu moyen de l’ensemble des Français si bien que pour 69% des locataires et leurs familles, le logement « c’est surtout des charges et des dépenses ». Les accédants à la propriété expriment aussi des difficultés croissantes (49% en 2010 contre 42% en 1980).

(…) La hausse des coûts du logement se fait particulièrement sentir pour les ouvriers et les employés. Plus d’un ouvrier et d’un employé sur deux évoquent aujourd’hui des efforts importants.

(…) En 2010, 54% des personnes dont le foyer gagne moins de 900 euros par mois estiment que les montants consacrés au logement grèvent lourdement leur budget (+15 points depuis 1980). A l’inverse, les personnes en haut de l’échelle semblent épargnées (34%, +4 point depuis 1980).2012 CREDOC-Equipement Lave-vaisselle

(…) En trente ans, les inégalités se sont creusées et les dépenses liées à l’habitat apparaissent comme un fardeau de plus en plus pesant pour les catégories populaires. Pierrette Briant confirme que « rapportées à leurs ressources, les dépenses de logement ont davantage augmenté pour les ménages à faibles ressources que pour les plus aisés, quel que soit le statut d’occupation ».

(…) Les jeunes sont les plus durement touchés par l’envolée des prix immobiliers. En 2010, 51% des jeunes âgés de 25 à 39 ans et 47% des 18-24 ans se plaignent de charges de logement trop importantes.

Des conditions de logement médiocres pour les catégories les plus modestes.

Sans chercher à dresser un portrait exhaustif des conditions de logement dans l’Hexagone, on pourra rappeler quelques données de cadrage. En 2007, 14% des personnes sont confrontées à un problème de toit percé, d’humidité ou de moisissures sur les montants des portes ou des fenêtres. 11% vivent dans des logis avec une installation électrique inadéquate et 14% ont une installation de plomberie ou d’eau en mauvais état.

(…) Au total, 32% des Français vivent avec au moins un de ces « défauts majeurs de qualité » (absence de sanitaire, installation de plomberie ou électrique défectueuse, toit percé et problèmes liés à l’humidité), dans leurs logis.

De récents travaux avaient montré qu’au niveau européen, la France se retrouve en bas du classement, entre le Portugal et l’Italie à la 18ème place loin derrière la moyenne européenne qui se situe à 26%.

Les départs en vacances freinés par les charges liées au logement

Au milieu des années 1990, le taux de départ en vacances avoisinait les deux tiers de la population. Depuis les années 2000, on assiste à une diminution de la proportion de partants, si bien qu’en 2010, une personne sur deux seulement est partie en vacances au cours de l’année précédente.

2012 CREDOC-Departs en vacances

Au début des années 1980, les charges consacrées à l’habitation ne semblaient pas venir perturber les départs en vacances. Le taux de départ avoisinait 60% indépendamment du poids des dépenses de logement. À partir des années 1995, le taux de départ des foyers jugeant consacrer une part trop importante de leurs ressources à se loger diminue, pour atteindre 47% en 2010. Ce taux s’éloigne petit à petit de celui de l’ensemble des Français.

Dans le même temps, les personnes fournissant des efforts raisonnables pour se loger maintiennent leurs habitudes de départs. A revenu égal, les chances de partir en vacances augmentent de 30% lorsque les charges de logement assumées sans difficulté.

Alimentation, loisirs, et ameublement : les trois postes les plus touchés

La frustration en matière de consommation a tendance à se diffuser ces dernières années : 63% de nos concitoyens déclarent aujourd'hui devoir régulièrement s’imposer des restrictions sur tel ou tel poste de dépenses ; ils n'étaient que 54% dans ce cas en 1990. Dès 2008, période où s'exprimaient de fortes tensions autour du pouvoir d'achat, le CREDOC pointait les liens étroits entre le sentiment de restriction et l’impression que les charges du logement pèsent lourdement. De fait, 81% des personnes déclarant faire face à d’importants frais de logement disent régulièrement s’imposer des restrictions budgétaires.

2012 CREDOC-Tableau restriction par poste

(…) Le cap de 30% des revenus consacrés à se loger semble constituer un seuil au-delà duquel le foyer est contraint à rogner très fortement sur ses dépenses. L’écart est particulièrement net en matière d’alimentation : les foyers consacrant plus de 30% de leurs ressources à se loger dépensent par mois 120 euros de moins pour se nourrir que les ménages ayant un taux d’effort inférieur à 10%, 120 euros en moins pour les transports (en choisissant d’acheter des voitures d’occasion, ou plus bas de gamme, voire en renonçant à disposer d’une voiture, ou en limitant leurs déplacements par exemple).

Ces ménages économisent également 75 euros sur les loisirs et culture et 67 euros sur l’équipement de la maison. Mais en réalité, le logement écorne quasiment tous les postes de dépenses, y compris ceux qui peuvent paraître plus incontournables comme celui de  la santé.

(…) Au total, quatre types de dépenses semblent donc plus particulièrement affectés par l’augmentation des frais de logement : les loisirs et la culture, l’ameublement et l’équipement du foyer, mais aussi les dépenses d’alimentation et les transports.

La santé à l’épreuve du logement.

(…) Le poids financier du logement influe lui aussi sur l’état de santé. La probabilité d’être en bonne santé est ainsi diminuée de 30% lorsque que le ménage peine à faire face aux dépenses de logement.

En 1980, la charge de logement se révélait peu discriminante en matière d’insomnie ou de nervosité.

Trente ans plus tard, la difficulté à assumer ces charges semble plus clivante : les personnes qui consacrent une part importante de leurs ressources à se loger sont plus nombreuses à souffrir de problèmes de sommeil (37%, +7 points de plus que celles qui ne déclarent aucun problème de logement), de nervosité (45%, +11 points) ou d’état dépressif (16%, +6 points).

2012 CREDOC-sante

(…) La marge financière disponible pour se soigner est très liée aux dépenses de logement. Difficile de se maintenir en bonne santé lorsque l'on doit renoncer à certains soins ou les reporter faute de moyens financiers.

(…) La propriété, ou de faibles charges de logement favorisent un sentiment de sécurité face à l'avenir, qui lui-même retentit probablement sur l'anxiété des individus. L'assurance de n'avoir que de faibles charges de logement à assumer chaque mois ou le sentiment de richesse lié au fait d’être propriétaire d’un logement dont la valeur patrimoniale augmente contribuent probablement à apaiser certaines formes d'anxiété.

Famille : les dommages collatéraux de la crise du logement

En mutualisant leurs ressources, les couples réalisent des économies d’échelle. Le célibat entraîne donc mécaniquement une pression financière plus importante des charges de logement. En moyenne, au début 2011, les individus célibataires consacrent ainsi 24% de leurs ressources à se loger (en intégrant uniquement les loyers, ou remboursements d’emprunt, et les charges de copropriété) contre 19% pour les personnes en couple. Chez les familles monoparentales, qui conjuguent des ressources faibles et le besoin de surfaces plus grandes pour accueillir leurs enfants, la part des revenus mobilisés pour se loger grimpe à 31%. L’analyse sur longue période de la pression financière ressentie par les ménages en matière de logement montre que l’augmentation des prix de l’immobilier constatée ces quinze dernières années frappe plus fortement les célibataires que les personnes en couple (…)

2012 CREDOC-Frequentation-loisir

Le logement, nouveau marqueur social

(…) lorsqu’on questionne la population sur les domaines dans lesquels les pouvoirs publics doivent intervenir en priorité pour renforcer la cohésion de la société, la résorption des problèmes de logement arrive en deuxième position des attentes (20%), juste derrière l’emploi (34%). La difficulté à constituer un dossier d’obtention de bail dans le parc privé (garanties, niveau de salaire exigé, caution solidaire, dépôt de garantie, etc.), l’accès long et incertain au logement social ou la complexité à accéder à la propriété alimentent probablement dans l’opinion, l’idée d’une compétition permanente entre les membres de la société pour obtenir un toit, peu propice à créer une société unie. L’habitat contribue par ailleurs largement à influer sur l’image que nos concitoyens se font de leur position sociale. Rappelons tout d’abord en toile de fond, qu’en 2010, 28% de la population se rangent parmi les catégories « populaires » ou défavorisés (+ 5 points par rapport à 2000), 40% disent plutôt appartenir aux « classes moyennes inférieures » (+3 points), 26% aux classes moyennes supérieures (-4 points), et 6% se placent en haut de l’échelle sociale (« gens aisés » ou « privilégiés »), contre 9% en 2000. Le glissement de chaque strate vers le bas de l’échelle sociale témoigne du sentiment de déclassement qui taraude la population ces dernières années.(…)

Les individus qui estiment leurs frais de logement acceptables considèrent en majorité faire partie des classes moyennes, et notamment des classes moyennes supérieures (graphiques suivants). Lorsque le poids des dépenses de logement grève une partie importante du budget, la courbe se translate vers le bas de l’échelle sociale. (…)

Le statut d’occupation du logement devient, de plus en plus, un support identitaire et un marqueur social : 41% des locataires considèrent faire partie des classes populaires ou défavorisées, contre seulement 30% dix ans plus tôt. A mesure que les prix de l’immobilier enflent, s’éloignent l’espoir de devenir un jour propriétaire ou plus simplement d’être en mesure d’assumer sans difficultés ses charges de logement, et le sentiment de rester au bord du chemin s’enracine.

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