Faux rebond de la construction

Lu sur le site de la CGT Logement - source journal l'Humanité, du 28 décembre 2011
"Les mises en chantier ont augmenté de 20 % en un an, soit 375 000 nouvelles constructions fin 2011. Mais ce résultat, artificiellement gonflé par les derniers mois du ruineux dispositif Scellier, risque de baisser en 2012.
« Une excellente année », avait anticipé Benoist Apparu, le secrétaire d’État au Logement. Les constructions ont en effet augmenté de 20,2 % sur un an pour atteindre 405 860 à fin novembre, selon un bilan publié hier par son ministère.

Des chiffres à nuancer. Ce calcul prend en compte 40 000 extensions ou modifications de bâtiments existants. Le nombre de mises en chantier de logements neufs s’élèverait seulement à 375 000 à la fin 2011. Ce résultat, élevé, reste bien en deçà des 415 000 constructions enregistrées en 2007. « On est surtout encore loin des 450 000 à 500 000 constructions nécessaires pour répondre à la demande nouvelle chaque année, tout en comblant le déficit de logements existant dans le pays, évalué autour d’un million », relativise Christophe Robert, de la Fondation Abbé-Pierre. 

Le bilan 2011 est aussi « artificiellement gonflé par la fin du dispositif Scellier au 31 décembre », explique aussi Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre du Logement. À cette date, les réductions d’impôt en échange d’une mise en location pendant neuf ans, seront supprimées pour la construction d’habitations qui ne sont pas labellisées basse consommation. Or, cela représentait entre 60 et 80 % de l’ensemble de la production des promoteurs immobiliers. Ces derniers ont déjà mis en garde contre la chute des constructions attendues en 2012 et 2013 (entre 335 000 et 320 000) qui entraîneront, outre la suppression de 35 000 postes dans le secteur, une hausse des prix des loyers. N’en déplaise aux promoteurs, la disparition du Scellier est plutôt salutaire, car ce dispositif contribuait à la flambée des prix. Uniquement intéressés par l’aubaine d’une réduction fiscale, les investisseurs achetaient des biens à des prix surévalués. Cette perfusion artificielle du secteur privé du logement « a représenté un coût de 48 000 euros par logement construit dans le privé, contre 9 000 euros pour la construction d’un appartement dans le parc social, explique Christophe Hordé, responsable logement de l’Union des familles laïques. Cela représente 10,5 milliards d’euros jusqu’en 2021 ». Selon lui, l’État doit continuer d’investir autant dans le logement, « mais il faut savoir si on continue d’aider une minorité de rentiers ou la majorité des Français ». 

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