Haro sur le SMIC, les 35 heures, les jours fériés : le détail des revendications du patronat

Beurre-argent--du-beurre-Medef.jpgProfitant de sa "lune de miel" avec le chef de l'État et le premier ministre, le Medef — le syndicat des patrons — veut obtenir plus des salariés ! Toujours plus !

Il vient de rendre public un véritable cahier de revendications (comme ceux que faisaient autrefois les salariés): Il revendique désormais publiquement la suppression des jours fériés, l’allongement de la durée légale du travail, le droit de payer des salariés en dessous du SMIC, etc.

Ce cahier de revendication patronal a été rendu public ce weekend dans le journal "Les Echos", dont le prétexte — mais "sans engagement" de sa part, cela va de soi — est de prétendument créer un million d'emplois en France. Comme toujours les engagements n'engagent que ceux qui les croient !

Pourquoi rendre public, justement ce weekend, ce projet revendicatif d'attaque massive contre le travail  ?

N'écartons pas l'idée qu'il s'agissait d'affaiblir le message et la porté médiatique la "Fête de l'Humanité", le grand rassemblement populaire et revendicatif du monde du travail qui se tenait justement ce weekend, au cours de laquelle les journées d'actions revendicatives des travailleurs, des 30 septembre (retraites et retraités) et du 16 octobre (défense de la sécurité sociale) ont été débattues et popularisées. Détourner les médias de leur mission — informer — et les mettre au service de leur mauvaises  actions patronales, c'est une tactique patronale éprouvée, d'autant que les grands médias lui appartiennent.

Dans la logique dogmatique du Medef — qui écarte évidemment la recherche d’un accroissement de la demande par l'augmentation des salaires — le document balaye l’ensemble des revendications patronales, qualifiées de "leviers potentiels de croissance", qu’il s’agisse de mesures de court terme, parfois très sectorielles, ou de mesures globales touchant au Code du travail, ou à la fiscalité des entreprises et des riches.

Voici les plus emblématiques revendications du Medef: les salariés sont prévenus !

=> Suppression des jours fériés

Pour le Medef, «  le nombre de jours fériés (11 au total) et les complexités d’organisation qu’ils induisent seraient un frein à la croissance et donc à l’emploi ». En supprimant deux jours fériés par an, le patronat prétend espérer un gain de 1 % de croissance, et la création de 100.000 emplois. Pourtant on a testé la suppression du lundi de pentecôte : elle a aggravé la crise !

=> Casse du SMIC

C’est une exigence que Pierre Gattaz a déjà formulée au printemps. Elle consiste à instaurer,  prétendument de façon transitoire, mais on sait qu'en France le provisoire dure très longtemps ! — un salaire qui serait inférieur au SMIC pour les « populations les plus éloignées de l’emploi et qui pourrait être complété par des allocations sociales afin de garantir un pouvoir d’achat équivalent au SMIC ».

Une logique qui revient à généraliser celle des emplois aidés, pourtant souvent critiquée par le patronat, alors que les grosses entreprises exploitent déjà des dizaines de milliers d'apprentis sous-payés, qu'elles jettent à la rue, dès le diplome obtenu, pour en prendre d'autres.

Rappelons que les "allocations sociales", sont payées par les cotisations sociales des salariés et les impôts, dans le même temps où le patronat revendique la baisse de ses cotisations et de ses impôts: qui paierait la note, selon vous ?

Et le MEDEF jette en pature un prétendu "gain d’emplois" — chiffre livré à l'imaginaire social pour faire passer la pilule, mais toujours sans engagement aucun ! — entre 50.000 et 100.000 sur cinq ans. Rappelons au rèveur, au passage, que les conseils d'administrations des grandes entreprises ont prévu d'en supprimer 5 à 10 fois plus sur la même période dans leurs plans stratégiques !

=> Réduire le nombre de Délégués du Personnel (DP), et de Comités d'Entreprises (CE)

Réduire les possibilités d'action des défenseurs des salariés — que sont les syndicats — et particulièrement la CGT : c'est l'objectif patronal principal ! Le Medef veut donc "remonter les seuils sociaux", en se gardant bien de dire à quels nouveaux seuils doivent être fixées les obligations sociales mais aussi fiscales.

N'imaginez pas que ce soit la gestion des activités sociales qui pose problème au patronat; d'une manière générale cela ne lui coûte pas grand chose ! Dans de très nombreuses entreprises il ne leur accorde même pas de budget social au CE ! Non, ce que n'a jamais admis une grand partie du patronat c'est qu'il soit contraint d'informer les salariés sur ses projets de gestion. Il considère toujours que c'est une atteinte à la sacro-sainte propriété privée. C'est pour cela que les CE sont dans le colimateur ! C'est pour cela que les patrons jonglent avec le seuil des 50, pour que les salariés de viennent pas s'immisser dans ce qu'ils estiment être leur "chasse gardée".

Le Medef se borne, à ce stade, à revendiquer un "lissage" des seuils, et, évidement, prétend — sans en apporter la moindre preuve — que cette mesure pourrait créer entre 50.000 et 100.000 le nombre d’emplois, "sous trois ans". Une nouvelle fois, les promesses n'engagent que ceux qui les croient !

=> Allonger la durée du travail

Pierre Gattaz revndique d'« en finir avec le principe d’une durée légale imposée à toutes les entreprises » en permettant à celles-ci d'imposer non seulement la durée, « qui constituera alors le seuil de déclenchement des heures supplémentaires », mais aussi le taux des majorations horaires et l’aménagement du temps de travail.

Traduisons ce charabia patronal :

  1. 1- L'élévation de la durée légale du travail permettrait de réduire le nombre d'heures supplémentaires, et donc d'en payer moins. Mais cela ne suffit pas aux Medef:
  2. 2- Réduire, voire supprimer les majorations des heures supplémentaites, c'est aussi ce querevendique aussi le Médef. Mais cela ne lui suffit pas encore:
  3. 3- Accroitre encore la flexibilité des salairés, pour rendre encore plus invivable la vie des salariés.

Pour le Medef, « La loi ne serait plus que supplétive, et s’appliquerait par défaut aux entreprises qui ne souhaitent pas, ou ne parviennent pas à négocier un accord » , précise le texte patronal. Cette revendication rejoint l’idée, également défendue par le Medef, de faire primer les accords majoritaires d’entreprise sur le contrat individuel, « pour permettre le réel développement des accords compétitivité/emploi, qui devront être offensifs et pas seulement défensifs ».

=> Travailler le dimanche

Le Medef veut, prétendument "en accord avec les salariés qui le désirent, ou par accord social d’établissement, d’entreprise ou de branche", que des commerces soient ouvert le soir et le dimanche.

Il prétend, mais toujours "sans engagement" que nombre d’emplois qui serait créés s’élèverait entre 50.000 et 200.000 "à terme" dans le tourisme, et entre 40.000 et 100.000 dans le commerce et la distribution.

Dans le tourisme ? Encore faut-il que les salairés qui, rappelons le, représentent près de 95% de la population active, aient du temps libre pour se transformer en touristes ! Mais le Medef veut réduire le temps libre ! cherchez l'erreur !

Dans le commerce ? Tout le monde sait que la baisse du pouvoir d'achat des salariés réduit la consommation et vide les carnets de commandes des entreprises. Or les patrons refusent d'augmenter les salaires, et le gouvernement bloque les salaires des fonctionnaires depuis quatre ans, et bloque les pensions des retraités depuis un an ! Décaler les horaires d'ouverture des magasins n'augmentera pas le nombre de consommateurs; cela ne créera évidemment aucun emploi, mais, au contraire, aggravera la crise du commerce de détail et de proximité (où le chômage s'accroîtra, au bénéfice des grandes surfaces.

=> Casser le CDI

C’est une idée ancienne du Medef, qui vise à généraliser à l'ensemble du monde du travail, le Contrat de chantier, tel qu’il existe dans le bâtiment.

Appréciez le langage: « Il s’agirait d’un contrat à durée indéterminée qui prendrait fin automatiquement une fois le projet réalisé. » En fait ce ne serait plus un CDI, mais un CDD de longue durée, pour, prétendument, d'après le Medef, répondre à la « peur de l’embauche » qui paralyserait les chefs d’entreprise, notamment dans les TPE et PME du fait de leur faible visibilité sur leurs carnets de commandes.

=> Haro sur les privés d'emplois !

Tout d'abord, le Medef veut une nouvelle négociation de l'assurance chômage ! Comme il n'est pas arrivé complètement à ses fins, malgré la signature complaisante de certains organisations syndicales de salariés, le Medef revendique de rouvrir « sans attendre » une nouvelle négociationsur le sujet

D'autre part, il revendique de « mettre en place un réel contrôle de la recherche d’emploi", qu'il prétend "quasi inexistant aujourd’hui ».

Bref, la totale !

=> Transformer le CICE en baisse durable de cotisations sociales

Cerise sur le bâterau, sur la partie fiscale de ses revendications, le patronat souhaite transformer le Cice en baisse de cotisations patronales sur les salaires (vous savez, ce qu’ils appellent abusivement « charges » et qui fait partie de votre salaire), mais… seulement en 2017.

Le Medef juge, en fait, qu’une baisse des cotisations sociales est plus durable qu’un crédit d’impôt... des fois qu’un nouveau gouvernement ne viennent le supprimer !.

Il revendique parallèlement la suppression progressive de taxes qui pèseraient, d’après lui, sur les facteurs de production et les taxes sectorielles.

Enfin, le syndicat patronal demande la suppression de la taxe sur les salaires, qui réduit très légèrement les profits des banques et des assurances, et, évidemment, la fin de la taxe sur les transactions financières

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