Nous sommes tous des grecs en puissance !

A entendre les médias, l’Europe serait soulagé par les votes successifs de budgets d’austérité par le gouvernement grec.

Etes-vous soulagés ? Nous non ! Cela nous inquièterait plutôt, si l’on fait le parallèle entre la politique actuelle du gouvernement français et celle du gouvernement grec, hier et aujourd'hui.  

En effet : d’où provient la dette grecque ?

On présente celle-ci, comme étant la conséquence d’une mauvaise gestion de l’Etat, le sport grec à la mode étant d’échapper l’impôt et aux taxes. Certes il y a des tricheurs, comme partout ailleurs, mais focaliser sur cet aspect relève de la manipulation médiatique, visant à cacher la réalité des choses.

Dans tout budget, il y a, certes, la question des recettes ; mais il y a surtout celle des dépenses.

Quand les Jeux olympiques plombent les comptes !

Sans remonter plus loin dans le temps, à la source de la dette, il y a d’abord la dette fabriquée par les Jeux olympiques de 2004.

Initialement, lorsque la Grèce a obtenu les jeux Olympiques le montant des dépenses avaient été estimées à 1,3 milliard de dollars. Juste après les Jeux, le total des dépenses total sera de 14,2 milliards de dollars, soit plus de dix fois plus qie prévu ! Aujourd’hui on parle de 20 milliards.

Contrats d'armements, sur fond de corruption des firmes européennes

Mais ce qui a fait croitre la dette grecque de manière exponentielle ce sont les contrats d’armements qu’elle a passé depuis une dizaine d’années.

Proportionnellement, la Grèce dépense en armement beaucoup plus que les autres pays de l’Union européenne.

  • => Les dépenses militaires grecques représentent 4% du PIB contre
  • => 2,4% pour la France,
  • => 2,7% pour la Grande Bretagne,
  • => 2,0 % pour le Portugal,
  • => 1,4% pour l’Allemagne,
  • => 1,3% pour l’Espagne,
  • => 1,1% pour la Belgique.

En 2010, la Grèce a acheté à la France six frégates de guerre (2,5 milliards d’euros) et des hélicoptères de combat (400 millions d’euros). 

 

A l’Allemagne, elle a acheté 6 sous marins pour 5 milliards d’euros.

A noter que le passage des contrats allemands est à l’origine de plusieurs scandales de corruption. Le choix des armes n’a dont pas forcément pour origine les besoins de défense nationale…

Le principal dirigeant de la firme Siemens-HellasV, qui a reconnu avoir "financé" les deux grands partis grecs, s’est enfui en 2010 en Allemagne et la justice allemande a rejeté la demande d’extradition introduite par la Grèce.

Ces scandales incluent la vente, par Siemens et ses associés internationaux, du système antimissiles Patriot (1999, 10 millions d’euros en pots de vin), la digitalisation des centres téléphoniques de l’OTE-Organisme Grec des Télécommunications (pots de vin de 100 millions d’euros), le système de sécurité "C4I" acheté à l’occasion des JO 2004 et qui n’a jamais fonctionné, la vente de matériel aux chemins de fer grecs (SEK), du système de télécommunications Hermès à l’armée grecque, d’équipements très coûteux vendus aux hôpitaux grecs.

Le scandale des sous-marins allemands d’une valeur globale de 5 milliards d’euros, qui présentent le défaut de pencher énormément… à gauche et d’être doté d’un équipement électronique défectueux. Une enquête judiciaire sur des éventuelles responsabilités (corruption) des ex-ministres de la défense est en cours.

La Grèce l'un des 5 plus grands importateurs d'armes en Europe.

La Grèce a été l’un des cinq plus importants importateurs d’armes en Europe entre 2005 et 2009.

L’achat d’avions de combat représente à lui seul 38% du volume de ses importations, avec notamment l’achat de 26 F-16 (Etats-Unis) et de 25 Mirages 2000 (France), ce dernier contrat portant sur une valeur de 1,6 milliard d’euros. La liste des équipements français vendus à la Grèce ne s’arrête pas là : on compte également des véhicules blindés (70 VBL), des hélicoptères NH90, des missiles MICA, Exocet, Scalp et des drones Sperwer.

Les achats de la Grèce en ont fait le troisième client de l’industrie de défense française au cours de la décennie écoulée.

Voilà la véritable origine de la dette grecque !

En conséquence, en bonne logique, les décisions devraient être, sinon d’interrompre ces dépenses, au moins de revoir à la baisse les contrats d’armement.

Il n’en est rien : on tape donc sur les droits sociaux des salariés, ceux qui n’y sont pour rien; on pleure sur les pauvres banques qui augmentent leurs taux d'intérêts.

Atteintes aux droits sociaux et autres mesures néolibérales en Grèce à partir de 2010

Réduction des salaires du secteur public de 20 à 30%. Réduction des salaires nominaux qui pourrait atteindre 20%, 13e et 14e mois remplacés par un versement unique dont le montant varie en fonction du salaire. Salaires gelés sur les 3 prochaines années. 4 départs à la retraite sur 5 dans la fonction publique ne seront pas remplacés. Réduction massive des salaires du secteur privé allant jusqu’à 25%.

Les allocations chômage ont été réduites et un système d’aide aux pauvres mis en place en 2009 a été suspendu. Réduction drastique des allocations pour familles nombreuses.

Plans pour supprimer les conventions collectives et les remplacer par des contrats individualisés. La pratique des stages très longs non ou très peu payés a acquis force de loi. Le secteur public est désormais autorisé à recourir à l’intérim.

Emploi

Coupes drastiques des subventions aux mairies et communes ce qui entraîne des licenciements massifs des travailleurs municipaux. Licenciement des 10.000 travailleurs CDD du secteur public. Fermeture des entreprises publiques déficitaires.

Taxes

Augmentation des impôts indirects (TVA passée de 19% à 23% et introduction de taxes spéciales sur les combustibles, l’alcool et le tabac). Augmentation de 11% à 13% du taux inférieur de la TVA (ceci concerne les biens de grande consommation quotidienne, l’électricité, l’eau, etc.). Augmentation de l’impôt sur le revenu pour les tranches moyennes. En revanche, réduction des impôts sur les sociétés.

Privatisations

Volonté de privatiser les ports, les aéroports, les chemins de fer, la distribution d’eau et d’électricité, le secteur financier et les terres appartenant à l’Etat.

Systèmes de retraites

Les pensions doivent être réduites puis gelées. L’âge légal de départ à la retraite est augmenté, le nombre d’annuités pour avoir droit à une retraite pleine sera porté de 37 ans à 40 ans en 2015 et son montant calculé sur le salaire moyen de la totalité des années travaillées et non plus sur le dernier salaire. Il faut ajouter l’abolition des 13ème et 14ème mois de pension pour les retraités du secteur privé. Imposition d’un plafond des dépenses consacrées aux retraites, lesquelles ne doivent plus dépasser l’équivalent de 2,5% du PNB.

Tarifs des transports publics

Augmentation de 30% des billets de tous les transports publics. 

Conclusion: lorsqu'on regarde l'origine de la dette grecque, et le programme employé pour la réduire, on ne peut qu'être inquiet d'une perspective similaire pour la France. La France ne s'enfonce-t-elle pas dans la guerre en Libye, et ses dépenses militaires avec ?

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