Santé: La polémique sur les "sans dents" occulte le fait que la France fait former de plus en plus ses médecins à l'étranger

En France, un quart des nouveaux médecins obtiennent leur diplôme à l’étranger.

Et chaque année, entre 10.000 et 20.000 étudiants français en médecine partent à l'étranger pour suivre leur cursus de formation. Pour ces étudiants, il s'agit de contourner le numérus clausus mis en place en France au début des années 1970. Le phénomène est tel que la Belgique a décidé de contingenter le nombre des étudiants français dans ses universités. Mais plus encore de jeunes français vont aussi se former en Roumanie, ou au Maghreb. 

Osons le dire: faire financer la formation de ses propres étudiants par les États étrangers est une sacré combine pour Bercy !

Cela permet à l'État de faire de grasses économies, notamment sur les locaux universitaires, mais aussi sur les budgets des universités, et l'emploi. Les chiffres sont révélateurs: en 2013, 22,2% des médecins diplômés hors de France, l’ont été en Algérie, 17,7 % en Roumanie et 8.9 % en Belgique.

Aujourd'hui, en France, les médecins diplômés à l’étranger représentent 9% du total des médecins.

On note une augmentation de 48% de ces diplômés entre 2008 et 2013. Selon le Conseil national de l’ordre des médecins, un quart des nouveaux inscrits ont obtenu leurs diplômes hors de France.

Wiki Numerus Clausus ? Institué sous Pompidou, c'est un dispositif qui instaure un nombre restreint d’admissions en seconde année de médecine. A l'origine, il visait prétendument à contenir les dépenses de santé, au prétexte que moins il y a de médecins, et moins il y aurait de malades. Car, c'est bien connu, lorsque l'on casse le thermomètre la fièvre disparait, non? Cette politique a connu son apogée au début des années 1980.

Aujourd'hui, par rapport à 1971, on produit en France 1000 médecins de moins, chaque année, alors que la population française a augmenté de 10 millions de personnes depuis cette époque.

Ainsi, pour l’année 2013-2014, 7492 étudiants en médecine, seulement, ont pu continuer leurs études en 2e année, alors que, lors de son instauration en 1971, le Numerus Clausus rendait possible l’admission en seconde année de 8588 étudiants. Avant l'accès à la 2e année était accessible de la même manière que les autres 2e années d'université. Le plus bas nombre est atteint en 1992 avec 3500 admissions en médecine, seulement.

Ajoutons que rater deux fois l’examen est synonyme d’interdiction aux études de médecine. Cela décourage plus d’un étudiant. De plus le système français ne permet pas de réorientation.

Malgré ces combines de faire former ses médecins à l'étranger, la France se trouve déjà en pénurie de médecins !

Alors que partent en retraite les classes d'âges massives, formées dans l'après 1968, la pénurie de médecins, de dentistes, d'ophtalmo, etc. s'accroit: On prévoit une chute de 5,5% du nombre de généralistes d’ici 2018.

Alors que les médias font leur beurre de la polémique sur les "sans dents", ils évitent d'aborder le fond du problème. Ils occultent le fait que les gouvernements successifs, depuis 40 ans, ont organisé délibérément la pénurie, tout en vidant la sécurité sociale de sa substance. C'est la raison première de la désertification médicale que certains font semblant de découvrir, ne mettant la responsabilité sur les prétendus choix de confort des médecins, avec un relent de machisme.

Mais polémiquer sur les "sans-dents", cela permet ne ne pas parler des fermetures de lits, et de services, dans les hôpitaux, ni des restructurations et de regroupements en cours, ni du mécontentement des personnels, etc. Bref cacher au grand public des mauvais coups des ARS en charge de l'application des politiques de restriction budgétaires du ministère de la Santé.

Avec la CGT, défendez aussi votre système de santé ! Le 16 octobre, exprimez en masse votre exigence d'un retour à une véritable Sécurité sociale, qui permette à tous d'accéder à la santé.

Lire aussi, sur notre blog: Seine-Maritime: 152 jours d’attente en moyenne pour un rendez-vous chez l’ophtalmo

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